De l’avenir du libre dans l’Éducation nationale...

Le texte n’a pas la prétention de décrire une réalité nationale, simplement d’exposer l’expérience de l’un de ses membres.
Fin de l’année scolaire, vacances et repos bien mérités pour tout le monde. C’est aussi pour moi le moment de revenir sur quelques points concernant l’Éducation Nationale.
Cette vieille institution, trop souvent brocardée, lorgne déjà depuis pas mal d’années sur le libre. Audacieuse initiative qui a donné naissance à un conseil des TICE dans chaque établissement. Ce conseil est composé d’une personne ressources - ils sont appelés PR - et des professeurs représentant chaque discipline.
Nous allons donc nous intéresser au PR qui est bien souvent un professeur mais pas toujours. Il doit s’occuper de l’informatique dans un cadre théoriquement pédagogique. Je dis théoriquement, parce que dans la pratique les PR sont souvent relégués à un rôle moins noble, comme celui qui consiste à dépanner les ordinateurs ou changer les cartouches d’encre des imprimantes. Le PR est encadré par un relais assistance qui lui-même est soumis aux décisions académiques. Cette architecture est celle de l’académie de Rouen et diffère peut-être dans les autres. Je ne vais pas m’étendre sur les détails, vous pouvez ici en savoir plus sur l’organigramme de l’académie de Rouen .
Moi-même ancien PR [1], ardent défenseur de Spip, j’ai constaté que l’Éducation Nationale possédait un énorme vivier composé de personnes de bonne volonté, rompues à l’utilisation des logiciels libres. Certaines sont mêmes expertes et pourraient faire pâlir les développeurs des meilleurs SSII. Il existe des quantités d’applications développées çà et là, et je pourrais par exemple saluer le travail exemplaire du CRDP de Caen, qui a développé l’ambitieux projet baptisé LCS, un serveur de communication adapté principalement aux établissements scolaires. LCS n’est qu’un aperçu parmi d’autres et je laisse le soin aux lecteurs d’ajouter d’autres exemples dans le forum.
À ce niveau de compétences, on pourrait penser que l’institution possède suffisamment d’atouts pour opérer une transition vers le tout logiciel libre et voler de ses propres ailes [2]. Ce n’est malheureusement pas le cas et la lecture de certains mails envoyés sur la liste de diffusion TICE de l’académie de Rouen traduit bien un malaise. Les PR sont de plus en plus dégoûtés, écœurés, et ne se sentent pas soutenus par une administration qui rechigne à saluer leurs travaux.
L’Éducation Nationale semble souffrir des mêmes maux que d’autres administrations voire d’entreprises : la dualité entre les utilisateurs de logiciels sous licence et ceux qui testent le libre. Que dire d’un inspecteur qui suggère d’acheter la suite bureautique Microsoft et d’utiliser Microsoft PowerPoint pour les présentations ?
- N’a-t-il jamais entendu parler d’Open Office ?
- Pourquoi un telle incohérence de discours ?
- Les différentes strates de l’Institution sont-elles hermétiques au point que l’information ne passe pas ?
- Pourquoi faire des économies d’un côté pour se vautrer dans un gaspillage de l’autre ?
Je ne pourrais malheureusement pas lister tous les griefs [3] de PR mais sachez qu’ils sont nombreux. Leur marge de manœuvre est souvent étroite, pris en tenaille entre une volonté novatrice qui les pousse à oser le libre et la solution de facilité qui consiste à payer des licences sans trop se demander si elles en valent la peine.
Un beau désordre en somme et qui en certains aspects pourrait nous amuser, mais il mine le moral des PR dont certains n’ont pas voulu continuer l’expérience - réaction en chaîne de démissions sur l’académie de Rouen - l’année scolaire 2004 - 2005 commence bien ! Et que dire de l’utilisateur final, à savoir l’élève ?
Je pourrais me faire l’avocat du diable et dire qu’analyser cette problématique sur du long terme aboutirait à une conclusion plutôt positive, peut être que la mise en route est laborieuse et que l’avenir nous réservera de bonnes surprises ? Je me permets cependant d’apporter une dose de scepticisme dans la mesure où l’éducation ne semble plus être une priorité politique.
Affaire à suivre ...
[1] Collège de Pacy sur Eure, Académie de Rouen, année 2002-2003
[2] Notez que le GEP - application servant à la gestion des élèves - tourne encore sous DOS, il semble que des chantiers soient mis en place pour un portage vers des technologies web - je n’ai pas plus d’infos sur ce sujet -.
[3] Et je n’insiste pas sur ce que me rappelait un lecteur sur le forum interne, à savoir « la charge de travail et la rémunération ridicule perçue pour le réaliser »
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