Chers parents d’élève, le Ministère de l’Education Nationale autorise Microsoft à ne pas tout vous dire !

On reproche souvent à la dite "communauté du libre" de trouver en Microsoft le bouc-émissaire idéal dont on critique sans esprit critique le moindre agissement.
Certes, mais encore faudrait-il que la société se montre moins partiale dans sa communication pour ne pas nous donner du grain à moudre ! Et quand cette communication se trouve dans un guide à l’attention des parents (pages 16 et 17) distribué à même nos écoles dans le cadre d’un très discutable "Tour de France des collèges", comment ne pas réagir pour contester aussi bien les arguments avancés que le passe-droit ainsi accordé par l’institution scolaire ?
C’est ce qu’a fait un parent d’élève en nous demandant de publier son "droit de réponse" à cette "lettre" non sollicitée. Nous le faisons avec d’autant plus de plaisir que nous adhérons à son point de vue. En espérant, comme il le dit lui-même, que cet article trouvera écho sur internet pour toucher de nombreux autres parents d’élève.
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Oh une lettre, comme c’est gentil ! Quelle méprise, ce n’est pas une "publi-information", c’est une lettre ! Voici donc ma réponse en forme de lecture critique.

Commençons par une banalité où nous sommes tous d’accord, ça ne mange pas de pain. Et pis ça laisse augurer que nous serons tous d’accord pour la suite de la missive.

Ah les subtilités stylistiques ! Cela aurait pu être : Ces nouvelles pratiques s’accompagnent de nouvelles règles qui ne vous sont pas naturellement familières. Mais non, Vous et Nous, ensemble, on est fait pour se comprendre !
Pour ce qui me concerne, je saisis l’occasion pour évoquer le logiciel libre qui... ne vous est peut-être pas familier ! Si tel est bien le cas, un petit tour vers cet article sera susceptible d’éclairer votre lanterne et plus généralement tous les articles de la Tribune Libre du site Framasoft qui sont justement là pour ça.

Sacralisons la loi en y mettant une majuscule ! Mais c’est un détail tant ce passage entretient la confusion et est donc fortement sujet à caution.
Microsoft a fait le choix tout à fait respectable de licences propriétaires pour ses logiciels. Le problème c’est qu’il n’y a pas que les licences propriétaires dans le monde des logiciels. Il y aussi les licences non propriétaires autrement dit les licences libres. Il faut croire que cela arrange bien Microsoft de ne pas en parler car avec un logiciel sous une telle licence, c’est le contraire qui vous est proposé et même fortement encouragé. On peut en effet alors le reproduire, le diffuser, l’installer, l’utiliser, et même étudier son secret de fabrication, sans autorisation expresse de ses auteurs pourvu que la licence libre accompagne bien le logiciel.
Pour Microsoft et ses produits, licence propriétaire = licence tout court. Vous avez dit manipulation ? [1]

La règle est simple et vaut pour tous les logiciels. Mais c’est la conséquence, le donc de la phrase, qui est fausse puisque elle ne s’applique qu’aux logiciels propriétaires. Bon prince, je traduis avec plus de précision ce qu’a voulu nous dire Microsoft :
1 logiciel Microsoft installé = 1 licence propriétaire possédée.
Mais moi, j’en ai une autre de règle simple, propre à donner des cauchemars à Microsoft :
1 logiciel libre de qualité = 1 logiciel pertinent pour l’école.
Il est alors possible de le copier gratuitement sur autant d’ordinateurs que vous voulez, d’en graver des copies pour les offrir à qui vous voulez, et même les vendre.

Encore une omission dont le nombre va finir par engendrer des contre-vérités !
Inspirées par celles des logiciels libres, il existe des licences pour les textes, les images, la musique ou les films, telles les licences Creative Commons, qui, tout en préservant la paternité de l’oeuvre, en autorisent la libre diffusion sur Internet sans accord de leur propriétaire [2]. De plus en plus de contenus numériques les adoptent et il ne s’agit pas alors de s’en méfier mais plutôt de les partager, par exemple sur les réseaux poste-à-poste qui se trouvent eux aussi diabolisés.
Avec ces nouvelles licences, c’est tout un écosystème culturel qui se met ainsi en place et il va sans dire qu’elles sont toutes indiquées pour un usage scolaire.

L’utilisation des logiciels libres entraîne des risques d’enthousiasme collectif qui finissent par faire de l’ombre à certains logiciels non libres, dits propriétaires, telle que ceux qu’édite Microsoft. La politique de l’autruche peut ternir l’image et la réputation d’une société, fût-elle la plus riche du monde.
Quant à cette histoire de sécurité et de protection des données personnelles, je suis de ceux qui ont connu de tels problèmes avec leur Windows sans jamais pourtant avoir installé le moindre logiciel illicite, et c’est bien là que le bât blesse.
C’est du reste l’un des arguments qui me pousse à utiliser le navigateur libre Firefox plutôt qu’Internet Explorer, la suite bureautique libre OpenOffice.org plutôt que Microsoft Office, pour finir par envisager de changer carrément de système d’exploitation. Puissent nos écoles également envisager à terme un tel mouvement migratoire.

Vous trouverez davantage d’information sur les logiciels libres, pour votre usage et celui de vos enfants, sur Framasoft, le présent site où j’ai choisi de diffuser mon billet d’humeur mais également par exemple sur un autre site que j’aime bien Logiciels libres pour l’enseignement.

Je crains malheureusement que le principal éclairage soit ici avant tout celui de la politique de Microsoft dans le secteur educatif.
J’espère que vous ne prendrez pas pour argent comptant une "publi-information" éditée par une entreprise privée américaine. J’espère également que vous n’oublierez pas d’inclure les logiciels libres dans l’évaluation de vos besoins informatiques et ceux de vos enfants. J’espère que, comme moi, vous ferez gentiment pression sur l’école de vos enfants pour qu’elle en fasse de même. J’espère péremptoirement que cette réponse trouvera écho sur internet pour toucher de nombreux parents d’élève.

Cher Monsieur Bastid, le qualificatif de votre fonction me permet de mieux comprendre les options éditoriales de votre "lettre". Vous êtes "chef de marché Education" et vous n’avez fait ici après tout que votre travail de Grand Communiquant.
Ne vous en déplaise, aidés en cela par l’alternative ô combien salutaire que constituent les logiciels libres, nous sommes encore nombreux à refuser l’étiquette de consommateur, à ne pas considérer l’éducation comme un vaste marché où l’informatique joue clairement le rôle du cheval de Troie pour les entreprises.
L’expression est eculée mais un autre monde est possible. Celui de la défense des biens communs contre leur marchandisation croissante. Sur le terrain de l’éducation, j’ai clairement choisi mon camp et ne m’étonne pas de ne pas partager les mêmes valeurs que Microsoft. Par contre je m’étonne que l’Education Nationale cautionne Microsoft en la laissant si facilement pénétrer dans nos écoles pour nous y présenter sa propre vision des choses. Décidément la route est encore longue...
Avec l’expression de mes respectueuses salutations,

P.S. : L’Education Nationale serait bien inspirée de ne pas oublier qu’il y a déjà longtemps de cela (octobre 98), elle a également conclu un accord-cadre avec l’Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des Logiciels Libres (AFUL) dont l’objet est précisément d’assurer la promotion des logiciels libres et des standards ouverts. Cet accord-cadre est régulièrement reconduit depuis lors, indiquant en substance que les logiciels libres constituent pour les établissements scolaires des solutions alternatives de qualité, à très moindres coûts, dans une perspective de pluralisme technologique.
[1] Je signale du reste qu’il existe des livres qui, numérisés, peuvent être reproduits et diffusés sans l’autorisation expresse des auteurs.
[2] Mais un remerciement de courtoisie est souvent apprécié :-)
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